Similitudes

Pourquoi moi? Pourquoi toi? Pourquoi eux?

05 juin 2007

Ouverture - Acte 2

Maman arrive. Gwen l’a appelée. Il est trois heures du matin. Elle a l’air inquiète mais fait visiblement des efforts pour ne pas le montrer. Après tout ce n’est qu’un petit tuyau de rien du tout…

On envoie Simili dans une chambre. Le lit est horrible. Elle a une perfusion dans le bras et ne peut pas se mettre à l’aise. Et surtout son poumon craque quand elle respire. Sensation ignoble, se dire que ça vient de l’intérieur d’elle lui fout la gerbe. Heureusement tout ce qu’elle a mangé ce soir n’a pas fait de détour par son estomac. Juste un peu de sucre direct dans le sang, bon appétit.

On la réveille à six heures du matin. Grand sourire. On va faire une petite radio pour voir ce que ça donne. Tout va bien se passer.

Comme si c’était lui qui se retrouvait dans ce fauteuil roulant avec le poumon qui craque. Mais bizarrement, elle sourit. Elle s’est déjà fait une raison.

Elle avait raison. Huit heures du matin. Tout va bien se passer.

Comme si c’était lui qui se retrouvait avec tout ce monde en train de s’affairer autour de lui dans cette salle sordide, une infirmière en train de le blinder de Perfalgan d’un côté et un aide-soignant en train de le badigeonner de Betadine de l’autre.

Tout est flou autour d’elle, mais c’est tout l’effet que lui fait le Perfalgan. Son corps est tout à fait éveillé. Trop éveillé.

Piqûre. Ça agit. Scalpel.

« Ça va ? »

Elle est en train de se chier dessus mais ça va. On est en train de l’ouvrir entre les côtes sous ses yeux mais ça va. Manque juste un peu de musique.

Jusque là, l’anesthésie est bien utile. Ce qu’elle ne sait pas encore, c’est qu’un poumon ça ne s’anesthésie pas. Elle voit le tuyau. Minuscule, en effet. Minuscule comme un tuyau d’un centimètre de diamètre, un mètre de long, au bout duquel pend une drôle de valise.

Un centimètre, c’est pas grand-chose. C’est ce qu’on se dit tant qu’on a pas ça planté entre les côtes.

Là, maintenant, elle sait qu’un centimètre, c’est énorme. Elle aimerait hurler mais ce tuyau qui traverse sa poitrine en se faufilant entre son poumon et sa plèvre l’en empêche. Elle n’a que ses yeux pour pleurer.

« Si tu peux supporter cette douleur, tu supportes n’importe quelle douleur », lui dit l’interne qui lui a violé la cage thoracique. « Même un accouchement. »

T’as déjà accouché, connard ? Aboule le Perfalgan et ferme ta gueule, ça sera mieux pour tout le monde.

Si elle avait pu parler, c’est probablement ce qu’elle lui aurait dit.

On la ramène dans sa chambre, on la branche au mur, encore un moment agréable, quand le tuyau se met à aspirer, et elle dort. Bizarrement, elle arrive à dormir.

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