23 juin 2007
Semblant
Deux semaines de bonheur factice, de normalité un peu euphorique, faire semblant au point de se tromper soi-même. La trêve fait du bien, la chute n'en est que plus dure. Indifférences qui retombent sur le coin de la figure, différences qui érigent des murs. Torture...
Faire une pause puis reprendre la vie où on l'avait laissée, ou plutôt revivre et reprendre la mort là où elle s'était arrêtée. Fêlure...
Se forcer mais se fourvoyer, se cacher pour ne pas blesser. Cassure...
Continuer malgré tout de faire semblant, continuer malgré tout de parcourir son chemin. Continuer malgré tout d'aimer, continuer malgré tout de détester. Crevure...
Une vie à mettre aux ordures. Une vie qui pourtant vaut la peine que ça soit dur. Disons que ça ira mieux demain...
11 juin 2007
Vie de chienne, chienne de vie
Chienne en puissance.
Pétasse révélée.
Gourmande dégoûtée.
Crevure inavouée.
Malade en liberté.
Vivante morte.
Fausse heureuse.
Fausse malheureuse.
Vraie gourde.
Vraie fourbe.
10 juin 2007
Cécité
La cécité n'est pas seulement un handicap. C'est parfois un choix.
Je connais un tas d'aveugles. Aucun qui souffre d'un handicap quelconque. Tous des aveugles par choix. Ou par manque de temps. Ou par manque d'envie. Par manque d'intérêt, tout simplement.
Bienvenue dans le monde de l'invisibilité. Trompe-l'oeil. Caméléon qui se fond avec le paysage, juste un relief qui n'a rien à faire là. Le gris se mêle au gris. Juste une question de similitude.
09 juin 2007
Mutisme
« T’as un souci ? »
« Non… Pourquoi ? »
« Je te sens pas comme d’habitude. Dis-moi ce qui va pas. »
« Mais ça va, j’te dis… »
Je n’ai jamais su mentir… Mais je n’ai jamais su dire la vérité. Trop pesante, trop ancrée dans les intestins, impossible à déloger, alors que ça ferait tellement de bien. Alors que j’ai envie de la hurler, hurler jusqu’à en perdre le souffle, jusqu’à en chialer de douleur, mais jusqu’au soulagement.
« Quelque chose ne va pas ? »
« Si, ça va. »
« Je te sens… abattue. »
« Mais non, ça va. Un peu fatiguée peut-être. »
C’est à elle que la vérité est la plus difficile à dire, pourtant c’est à elle que je déteste le plus mentir. Mais je n’ai jamais été capable de lui dire que ça n’allait pas. Elle a trop trimé pour moi. Je n’ai pas le droit de lui jeter à la figure que quelque part, elle a raté un petit quelque chose.
Ce qu’ils ne comprennent pas c’est que je ne veux pas parler. Je sais que c’est ça, la solution, mais de toute façon j’en suis incapable. Il n’y a rien à expliquer. C’est comme ça et puis c’est tout. Ils ne comprennent pas que tout ce dont j’ai besoin, c’est qu’on me prenne dans ses bras et qu’on me laisse pleurer, me vider jusqu’à la déshydratation.
Pleurer. Rien de tel pour se vider de toutes ces saletés. Mais je n’ai pas le choix, je dois stocker. Pas de bras sur lesquels m’appuyer. Mais après tout je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. J’ai négligé les bras en pensant ne plus en avoir besoin.
06 juin 2007
La magie du rien
Enfin la fin... Provisoire, mais c'est une fin. Rien de tel que de s'octroyer une soirée à RIEN faire, à RIEN penser. Il y a des petits plaisirs qui ne se refusent pas...
Pour la peine, ce soir, je ne me lamenterai pas non plus... ça fait du bien, aussi, des fois.
05 juin 2007
Bas les masques
Cette manie de faire semblant… Pourquoi ?
À quoi ça sert de faire semblant si on n’arrive pas à se persuader soi-même ?
Ne pas blesser les autres, faire comme si tout allait bien. Après tout, tout va bien. Oui, à l’extérieur, tout va bien. Aucune raison que ça n’aille pas à l’intérieur.
Il doit y avoir un truc qui cloche. Un boulon déboulonné. Un fusible qui a pété. Un fil qui a lâché. Quoi ? Quand ?
Comment réparer ? Si seulement je le savais. Si seulement j’avais une raison. Une bonne raison. Je le veux, vraiment. Je l’ai voulu toute ma vie. Mais ma vie n’a pas voulu de moi. Je ne sais pas pourquoi. Je ne sais pas comment. C’est ainsi. C’est merdique.
Alors je me contente de jouer la comédie, je cache l’horreur sous des sourires, je cache le vide par des plaisanteries. Mais le masque s’use. Il m’use. Je ne sais pas où je vais. Je n’irai pas loin, de toute façon.
J’ai beau prendre des bonnes résolutions tous les jours et me dire que chaque jour est un jour nouveau, chaque jour est identique au premier, éreintant, blessant. Et dire qu’il suffirait d’une simple attention, parfois, pour l’illuminer. Mais à force de se plaindre, plus personne ne nous demande si ça va. On sait que ça va pas, et on finit par s’en foutre. L’habitude crée l’indifférence. Après tout je l’ai bien cherché.
Je voulais juste un sourire d’encouragement. Un petit mot pour me dire que j’allais y arriver. Rien de plus. Rien de moins. Et ça repartirait sans problème.
S’entendre dire, pour une fois, que ce que j’ai, ce que j’arrive à faire, je l’ai mérité, et pas seulement que c’est normal. Oui, c’est normal de travailler dur pour avoir la vie qu’on veut. Mais c’est normal aussi d’avoir besoin du soutien de ceux qu’on aime. Pas seulement des « Ben oui, c’est ce que t’as voulu », ou des « Ouais mais c’est quand même pas parfait ».
Que faut-il faire pour qu’enfin on arrête d’attendre de moi la perfection, putain ! Qu’est-ce qu’il faut faire pour que une fois dans ma vie, une seule, on me dise « Mais c’est pas grave, t’as quand même fait de ton mieux » ?
On a beau se dire que c’est pour soi qu’on fait tout ça, moi je ne l’ai jamais fait pour moi. Je l’ai fait pour mon père, pour ma mère, pour voir la fierté dans leurs yeux. Je l’ai vue, la fierté, mais pas celle que je voulais.
J’ai vu la fierté d’avoir mis au monde un être qui a des bonnes notes à l’école.
Je voulais juste la fierté de m’avoir mise au monde, moi.
Ouverture - Acte 2
Maman arrive. Gwen l’a appelée. Il est trois heures du matin. Elle a l’air inquiète mais fait visiblement des efforts pour ne pas le montrer. Après tout ce n’est qu’un petit tuyau de rien du tout…
On envoie Simili dans une chambre. Le lit est horrible. Elle a une perfusion dans le bras et ne peut pas se mettre à l’aise. Et surtout son poumon craque quand elle respire. Sensation ignoble, se dire que ça vient de l’intérieur d’elle lui fout la gerbe. Heureusement tout ce qu’elle a mangé ce soir n’a pas fait de détour par son estomac. Juste un peu de sucre direct dans le sang, bon appétit.
On la réveille à six heures du matin. Grand sourire. On va faire une petite radio pour voir ce que ça donne. Tout va bien se passer.
Comme si c’était lui qui se retrouvait dans ce fauteuil roulant avec le poumon qui craque. Mais bizarrement, elle sourit. Elle s’est déjà fait une raison.
Elle avait raison. Huit heures du matin. Tout va bien se passer.
Comme si c’était lui qui se retrouvait avec tout ce monde en train de s’affairer autour de lui dans cette salle sordide, une infirmière en train de le blinder de Perfalgan d’un côté et un aide-soignant en train de le badigeonner de Betadine de l’autre.
Tout est flou autour d’elle, mais c’est tout l’effet que lui fait le Perfalgan. Son corps est tout à fait éveillé. Trop éveillé.
Piqûre. Ça agit. Scalpel.
« Ça va ? »
Elle est en train de se chier dessus mais ça va. On est en train de l’ouvrir entre les côtes sous ses yeux mais ça va. Manque juste un peu de musique.
Jusque là, l’anesthésie est bien utile. Ce qu’elle ne sait pas encore, c’est qu’un poumon ça ne s’anesthésie pas. Elle voit le tuyau. Minuscule, en effet. Minuscule comme un tuyau d’un centimètre de diamètre, un mètre de long, au bout duquel pend une drôle de valise.
Un centimètre, c’est pas grand-chose. C’est ce qu’on se dit tant qu’on a pas ça planté entre les côtes.
Là, maintenant, elle sait qu’un centimètre, c’est énorme. Elle aimerait hurler mais ce tuyau qui traverse sa poitrine en se faufilant entre son poumon et sa plèvre l’en empêche. Elle n’a que ses yeux pour pleurer.
« Si tu peux supporter cette douleur, tu supportes n’importe quelle douleur », lui dit l’interne qui lui a violé la cage thoracique. « Même un accouchement. »
T’as déjà accouché, connard ? Aboule le Perfalgan et ferme ta gueule, ça sera mieux pour tout le monde.
Si elle avait pu parler, c’est probablement ce qu’elle lui aurait dit.
On la ramène dans sa chambre, on la branche au mur, encore un moment agréable, quand le tuyau se met à aspirer, et elle dort. Bizarrement, elle arrive à dormir.
04 juin 2007
Ouverture - Acte 1
Simili a vingt ans et quelques poussières. Sa vie est redevenue normale. Elle étudie l’anthropologie et elle aime ça. Elle est avec Gwen depuis presque deux ans et elle l’aime. Une petit quelque chose la tracasse depuis quelque temps mais elle sait que ce n’est que temporaire. Maintenant, les choses roulent toutes seules.
8 avril 2005. Une petite soirée pour l’anniversaire d’une copine. Elle s’amuse bien. Elle discute, elle boit un peu.
Coralie est en train de lui parler, mais depuis quelques minutes elle ne l’écoute plus vraiment. Elle a juste un peu mal à la poitrine, ça vient des côtes, sur le côté. La cigarette. Ça fait ça, des fois, des petites douleurs qui inquiètent, mais après tout elle l’a bien cherché.
Sauf que cette douleur est différente. Inquiétante. Et s’amplifie.
Elle s’assoit, attend, mais ça ne passe pas. Elle a envie de rentrer. Se coucher, demain ça ira mieux. Gwen lui propose de la raccompagner, il y a deux cent mètres à faire à pied.
Elle a du mal à marcher, du mal à respirer. Comme si on lui avait planté un couteau entre les côtes, transpercé le poumon de par en par. Jusqu’au milieu. Ça fait mal. Elle aimerait prendre une grande bouffée d’air frais mais elle arrive à peine à inspirer de quoi se garder éveillée.
Elle pensait aller se coucher mais finalement demande à Gwen de l’emmener aux urgences. D’habitude, il ne lui vient même pas à l’idée d’appeler le médecin, même avec une fièvre de cheval. Mais elle a si mal…
Elle est bien accueillie, là-bas. On ne la fait même pas attendre. Electrocardiogramme, OK. Saturation, OK. Elle s’attend même à voir arriver George Clooney.
On l’ausculte sous tous les angles, on l’écoute respirer, tout est normal. Il fait chaud, elle est au calme, on lui donne un petit calmant, elle se sent mieux. Elle n’a presque plus mal et respire presque normalement.
On la fait tout de même attendre avant de sortir, que le médecin de garde donne son feu vert. Deux heures plus tard, elle arrive enfin. Simili en a marre, elle veut rentrer se coucher.
L’urgentiste l’écoute à son tour respirer.
« C’est bizarre, tu n’avais pas entendu ça ? » demande-t-elle à son interne.
Il écoute.
« C’est fou ! Il n’y avait rien tout à l’heure ! »
« Mais quoi à la fin ? »
« On va faire une radio. »
Verdict : c’est un pneumothorax.
Un quoi ?
Elle a déjà entendu ce mot dans Urgences. Mais où est George à la fin ?
« Rien de bien grave », dit-elle calmement en lui posant un cathéter.
Un peu d’air et le poumon qui fait la tronche à la plèvre.
« On va juste vous garder pendant la nuit, avec un peu de chances ça se sera résorbé demain matin. Ça arrive. Sinon, on mettra juste un minuscule tuyau qui aspirera l’air, rien de terrible. »
A-t-elle déjà eu un tuyau en travers du poumon celle-là ? Non, probablement. Simili non plus, mais elle n’a pas vraiment envie d’essayer.
03 juin 2007
Lumière !
Comme quoi, des fois, il suffit de pas grand-chose… Se forcer, forcer les choses. Partir d’un rien et arriver au tout, tout ce dont on avait besoin pour reprendre sa vie là où elle en était, voire même plus haut encore.
Je voulais garder cet espace pour moi, moi seule. Et éventuellement le laisser libre d’accès à des inconnus. Peu importe. Aujourd’hui j’ai décidé d’en faire mon exutoire. Ma psychothérapie. Et je ne compte plus me cacher. Ni de toi ni de personne. Garder les choses pour soi, j’en ai encore eu la preuve, c’est comme s’attacher soi-même à la corde et se jeter du tabouret.
Je ne serai pas restée dans l’ombre bien longtemps, je te l’accorde. Du moins pas en apparence. C’était le bout de la corde. Pour une fois j’ai réussi à la faire céder. Tu m’y as aidé, mais je suis fière de moi car c’est moi qui ai donné le premier coup de cutter. Et je suis fière de toi car tu as su couper dans le bon sens, même si je ne t’y ai pas aidée.
Mais je l’avoue, j’ai le trac. Je ne laisserai qu’une piste, mais la trouveras-tu ? Comment réagiras-tu ? Sauras-tu te rendre compte que toutes ces choses, même si je les ai pensées, je ne les pense plus ?
Ma maladie, c’est la paranoïa. Tu le sais. Elle me fait souvent dire et penser des choses horribles. Tu le sais aussi. Je pourrais effacer ces horreurs et repartir du début. Ou carrément tout arrêter. Mais je ne le ferai pas, parce que ça a fait partie de moi, et il est important de se souvenir de ses erreurs pour ne pas les répéter. Et je pense que le temps est venu pour moi de me vider de tout ça, de tout ce qui bouillonne en moi depuis tant d’années. De me vider au fur et à mesure de tout ce qui vient se rajouter au fil du temps. Pour ne pas recommencer… Pour ne pas sombrer plus encore. Pour pouvoir continuer de vivre à côté de ça. Déposer le fardeau et ne plus l’avoir sur les épaules, rester légère pour vivre ce qui mérite d’être vécu, parce qu’au fond, même si je me plains, j’ai la belle vie. Je suis juste sacrément douée pour la gâcher. Et tu es sacrément douée pour m’en empêcher… même si je te fais souvent croire que c’est toi qui la détruis. Mais je te l’ai dit, et j’insiste : tu me construis. Le preuve ici même.
Que la lumière soit !
Pénombre
Le soleil s’éteint.
Envie de rien.
Lamentable, hein…