Similitudes

Pourquoi moi? Pourquoi toi? Pourquoi eux?

28 septembre 2007

Prière exaucée

Elle est au téléphone avec son frère. Elle raccroche.

- Ton grand-père est malade, annonce-t-elle du haut des escaliers.

- Oooh, le pauuuvre, se moque Simili.

- Il a un cancer du poumon.

Simili reste coite. Elle s’était souvent demandé ce que ça lui ferait. Parce qu’elle a beau dire que son plus grand souhait c’est de le voir disparaître sous terre, ou dans un four, peu importe, elle ne sait pas ce que ça lui fera réellement.

Et là, rien. Elle cherche. La joie ou la peine, elle cherche, mais il n’y a rien, absolument rien. Peut-être un peu de surprise. Elle ne s’attendait pas à être exaucée si vite. Parce que ces viles bestioles, ça vit toujours trop longtemps.

- Arrête, dit-elle spontanément.

- C’est assez avancé apparemment, puis à son âge, ils vont pas l’opérer…

Puis surtout, à quoi bon dépenser inutilement tout ça pour le faire crever plus vite ? Ça reviendrait à abréger ses souffrances. Ça serait trop facile.

Cancer du poumon. Marrant pour un non-fumeur. Ironie du sort ?

Non.

Toute sa vie il a pompé l’air des personnes qui ont tenté de l’aimer, qui étaient obligées de l’aimer. Il les a empêchées de respirer. Cet air vicié lui a pourri les bronches. Juste retour des choses. Chacun son tour, comme dit Maman, sa fille. Sa fille qui devrait être triste, mais qui n’en a rien à foutre. Il l’a bien cherché.

Et sa petite-fille ?

Elle se demande déjà si elle ira à son enterrement ou non. Pour elle, il est déjà mort. Mais s’embêtera-t-elle à faire mille bornes pour cracher une dernière fois sur sa dépouille ? Elle hésite. Si on voit le bon côté des choses, ça lui ferait une bonne excuse pour prendre deux-trois jours de congés. Le mauvais c’est que si elle y va, elle devra feindre au moins un peu de tristesse, juste par politesse envers ceux qui le considèrent encore comme un ancêtre.

Simili sait feindre plein de choses, ça oui. Mais feindre la peine alors qu’elle attend ça depuis si longtemps, ça serait être malpolie envers elle-même. Ça serait faire croire que cet être abject méritait qu’on lui fasse honneur. Ça serait lui faire trop d’honneur. Ça serait faire comme lui quand il a tué sa femme. Oh oui, il était triste, parce qu’au fond, il ne s’estime pas fautif. Si on l’écoutait, il n’aurait jamais rien fait de mal. Pauvre petit malheureux incompris. Mais au final ce serait la même chose. Ça serait tromper tout le monde, et Simili ne veut pas devenir comme lui. Elle ne veut pas lui ressembler une seule seconde.

Alors finalement, des fois qu’elle se décide à y aller quand le moment sera venu, elle prépare sa réserve de mollards.

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